Aumisme

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L'aumisme est un mouvement, fondé par Gilbert Bourdin (dit « sa Sainteté le Seigneur Hamsah Manarah ») en 1969, qui se présente comme la « religion universelle de l'unité des visages de dieu », c'est-à-dire un rassemblement de toutes les confessions religieuses. Son nom officiel est l'Association des chevaliers du lotus d'or. Depuis la mort de Gilbert Bourdin, il s'appelle Association du vajra triomphant.

Il s'affirme donc clairement comme un mouvement syncrétique. Le nom de aumisme vient du mantra (parole sacrée) aum (ou om), qui, dans la religion hindouiste, est à l'origine de la création de l'univers. Ce mythe de la création du monde par le verbe étant commun à un grand nombre de religion, il est le symbole choisi par ce mouvement pour montrer sa volonté de rassemblement. Les membres, se déclarant non-violents et méditatifs revendiquent des milliers de pratiquants dans le monde, dont 2 000 en France.

Le Mandarom, cité sainte » de l'aumisme dans les Alpes françaises, ayant été au centre des polémiques qui touchèrent ce mouvement religieux, son nom est parfois utilisé (notamment par ses détracteurs) pour nommer le mouvement religieux en lui-même. Ainsi, il est souvent qualifié péjorativement de « secte du Mandarom ».

Doctrine

Selon son fondateur, « l'Aumisme est une religion active et dynamique, nous permettant par des moyens simples, concrets, accessibles à tous, de construire ensemble au-delà des races, des classes, des croyances, les nouvelles valeurs de notre humanité. ». Son dogme est l'« Unité des visages de Dieu ».

 

L'hexamide

Le symbole de l'aumisme est l'hexamide, une pyramide au sept couleurs de l'arc-en-ciel représentant chacune, une religion :

  • Rouge : Religions naturelles (Chamanisme, Animisme, etc.)
  • Orange : Hindouisme
  • Jaune : Bouddhisme
  • Vert : Islam
  • Cyan : Christianisme
  • Bleu : Judaïsme
  • Violet : Jainisme

 

Culte

Par-delà sa présentation comme un mouvement de rassemblement de toutes les confessions religieuses, l'aumisme déclare viser à l'équilibre du corps et de l'esprit.

Pour préserver la santé du corps et de l'esprit, les adeptes favorisent le végétarisme, la naturopathie, le hatha yoga, les arts martiaux, la maîtrise du souffle et des énergies vitales et du mental. Ils utiliseraient de nombreux talismans.

Le mouvement serait divisé en deux branches : monacales (habitants du « mandarom ») et spirito-profane (les autres adeptes). Les adeptes pratiqueraient quatre heures de méditation et prière commune, quatre heures d'étude et prière personnelle, cinq heures de travaux divers sur dix-sept heures de veille par jour. D'après les adeptes, le chant « Aum » est scandé entre 10 000 à 300 000 fois pendant la vie, selon le degré de prêtrise.

 

Le Mandarom

Le « Mandarom Shambhasalem » est le nom de la « cité sainte » de l'aumisme qui se situe près des gorges du Verdon à Castellane, dans les Alpes françaises, et s'étend sur 55 hectares. Cet « ashram » se veut un rassemblement de toutes les religions et possède des temples de plusieurs confessions. Le Mandarom est un monastère mixte où vivent des moines et moniales, mais également un centre de méditation pour les croyants vivant à l'extérieur. Le Mandarom était formé de quatre temples principaux, dont une statue monumentale appelée « la Statue du Messie Cosmo-Planétaire », qui fut une curiosité touristique accueillant, selon l'assocation, jusqu'à dix mille visiteurs par an, et qui fut détruite sur ordre de justice en 2001.

Lors de la Guerre froide, le Mandarom était surveillé par le contre-espionnage français qui suspectaient certains adeptes d'être des agents de l'Est. En effet, le site du Mandarom était stratégique car il surplombait un lac où avaient lieu des essais hydrodynamiques pour les sous-marins français.

 

Origine du mouvement

Selon lui, en 1961, le français Gilbert Bourdin reçoit d'un maître indien nommé Swami Sivananda, le nom d'Hamsananda Sarasvati, qui signifie la « Félicité dans l'absolu ». De retour en France, et après une retraite solitaire dans une grotte du Vaucluse, il fonde en 1969 l'« Association des chevaliers du lotus d'or » et s'installe dans les gorges du Verdon (France), au-dessus du village de Castellane, où sera bâtie la « cité sainte du Mandarom » « Mandarom Shambhasalem ».

Gilbert Bourdin est alors appelé par ses fidèles Sa Sainteté le Seigneur Hamsah Manarah.

En 1990, il prend le nom d'Hamsah Manarah et se proclame devant les médias comme le « Messie cosmo planétaire ». Il devient un personnage médiatique, faisant plusieurs passages sur des télévisions nationales. Son mouvement prend de l'ampleur et sa « cité sainte » attire de nombreux curieux.

Vers le milieu des années 1990, les affaires de sectes qui secouent la France, toucheront également l'« Association des chevaliers du lotus d'or » qui sera listée en 1995 comme « mouvement sectaire » par un rapport parlementaire français. Le Mandarom conteste le sérieux de ce rapport et présente une liste de vingt-cinq points jugés faux ou diffamatoires[1]. En 1995, puis en 1996, Gilbert Bourdin est accusé de « viols, tentatives de viols et agressions sexuelles » sur deux anciennes adeptes. Il meurt de maladie avant jugement, en 1997, à l'age de 74 ans. Après son décès, la succession est assurée par Christine Amory ; le mouvement change de nom et devient l' « Association du vajra triomphant ».

En 2003, l'aumisme est présent en Italie, au Canada, au Congo, à la Réunion et en Nouvelle-Calédonie.

 

Un point d’interrogation

Bien que ses adeptes soient relativement peu nombreux et son prosélytisme discret, la religion de Gilbert Bourdin a souvent suscité curiosité et interrogation, à cause du contraste opposant le contenu puéril de son message au niveau de formation d’un certain nombre de ses fidèles qu’un parcours universitaire et professionnel apparemment rationnel prédisposait à des choix plus rigoureux.

La communauté du Mandarom compte en effet des enseignants, des psychologues scolaires, des docteurs en sciences de l’éducation, voire, dans le rôle de la Grande prêtresse, un membre du CNRS.

Quant à l’aumisme, il n’est que de puiser au hasard dans sa doctrine pour en mesurer aussitôt l’extravagance et s’interroger sur les étranges motivations qui ont conduit ces mêmes adeptes à aliéner leur sens critique sur l’autel du Vajra triomphant. Gilbert Bourdin, désigné par ses disciples du titre de Messie cosmo-planétaire, réincarnation autoproclamée de Napoléon et de Gengis Khan, disait être redescendu sur terre pour conduire l’humanité « de l’Age de Fer à l’Age d’Or », transition rendue nécessaire par le fait que « le Christ en croix, c’est terminé » [sic]. Il prétendait avoir empêché une guerre mondiale en livrant bataille à des créatures cosmiques et, ce faisant, avoir détruit non seulement des « milliers de milliards de démons » s’acharnant contre lui, mais encore plusieurs autres « milliards de dieux et de demi-dieux », entités également grouillantes et maléfiques. Ce même messie affirmait en outre avoir déployé, au cœur de « l’astral », un « bouclier psychique » couvrant les quelque « milliards de galaxies de notre univers » [sic]. Terrassant aussi bien « les Bouddhas » [sic] que Satan et Lucifer, il s’employait parallèlement à anéantir les « envahisseurs de l’espace-temps », partis à bord d’aéronefs de la planète Marx [sic], dans la constellation de Sirius, pour conquérir la Terre…

De quoi rendre perplexe, en effet, l’observateur le plus blasé.

 

Les affaires judiciaires

Ce groupement fut l'objet de vives polémiques dans les années 1990, avec les accusations de viols sur mineures, portées à l'encontre de Gilbert Bourdin, la contestation de légalité de la construction d'une statue, à la référence à des trafics occultes d'argent en provenance d'Afrique ainsi qu'à des accusations de fraude fiscale.

Le mouvement a mis à disposition sur le site aumisme.org, un certain nombre de documents qui ont été utilisés pour assurer sa défense dans ces diverses affaires.

 

Accusations de pédophilie et de viols envers Gilbert Bourdin

Au printemps 1995, puis en 1996, Gilbert Bourdin est l'objet de plaintes [2] pour « viols et agressions sexuelles » de la part de deux anciennes adeptes du mouvement, et mis en examen. La première plainte est classée sans suite. Grace à une campagne médiatique, la première affaire sera relancée et donnera lieu à la deuxième plainte, suivie de 2 autres.

Gilbert Bourdin est rapidement libéré pour raisons de santé et après versement d'une caution. Par la suite, l'action publique est abandonnée, après décès de Mr Bourdin en 1998.

Selon Christine Amory, Présidente de l'Association du Vajra Triomphant, une des plaignantes a reconnu ne pas avoir remarqué de signes particuliers sur le corps de son violeur alors que celui de Gilbert Bourdin était couvert de tatouages.

Le 27 juin 2000, la Commission d'indemnisation des Victimes d'Infraction (CIVI) décide d'indemniser les deux plaignantes, Florence Roncaglia et Francine Grad. Le 26 janvier 2000, la commission d'indemnisation des victimes du tribunal de Digne-les-Bains alloue respectivement 200 000 F et 50 000 F aux deux plaignantes, après arrêt du procès, suite au décès de Gilbert Bourdin.[3].

 

Permis de construire de la statue du Mandarom

Une statue monumentale fut construite en 1990 sur le terrain de la « cité sainte » à la gloire de Gilbert Bourdin. En novembre 2001, la statue, devenue cible emblématique du combat des médias contre le mouvement, est dynamitée suite à une décision de justice, par les autorités françaises.

 

Déroulement de l'affaire

En 1977, sur le terrain de la « cité sainte », un premier édifice de 11 m, le Temple Lotus, est édifié, suivi d'une vingtaine d'autres édifices, représentant les différentes religions mondiales.

En 1990, une statue de 33 m de haut, à l'image de Gilbert Bourdin, est édifiée. En son socle, un petit temple où viennent prier les adeptes. la statue du « messie cosmoplanétaire » est aussi connue sous le nom de statue du Mandarom.

Selon la presse [4], cette construction fut mal reçue, ce que dément l'association.

En 1992, une première campagne de protestations commence contre la construction d'un temple-pyramide que le mouvement veut bâtir sur la colline. En Juin 2000 (22.06.2000), le journal Nice Matin écrira que le maire de Castellane « refuse le permis de construire ». Il sera cependant délivré, puis annulé par le Conseil d'état en 1995.

En 1993, L'association pour la protection des lacs et sites du Verdon porte plainte pour faire annuler le permis de construire de la statue du « messie cosmoplanétaire ».
L'Association, dirigée par Robert Ferrato, reprochait notamment à cette statue de «défigurer le paysage de la région». Michel Carle, le maire de Castellane déclarait: «Je ne souhaite qu'une chose, c'est qu'on détruise cette statue et qu'on n'en parle plus!» [5].

En juillet 1998, le tribunal de Digne ordonne la destruction de la statue, faute de permis de construire. L'affaire est portée devant la cour d'appel d'Aix-en-Provence, qui confirme le premier jugement. Les aumistes se pourvoient en cassation.

En juin 2000, le pourvoi est rejeté. Les adeptes déposent alors un recours devant la Cour européenne des droits de l'homme. En septembre, la chambre criminelle de la Cour de cassation annule son arrêt, la cour ayant omis de statuer sur l'un des arguments avancés par les avocats du mouvement. Le même mois, la Cour de cassation rejette le pourvoi formé contre la Cour d'Appel d'Aix-en-Provence par la première présidente de l'association, et oblige l'association à détruire la statue du « messie » dans les deux mois. À partir d'octobre, le mouvement doit payer une astreinte de 500 F par jour de non-exécution.

En 2001, le préfet des Alpes-de-Haute-Provence tente une ultime conciliation avec la présidente du Vajra Triomphant, puis, devant son refus, assigne la secte devant le tribunal administratif de Digne, qui ordonne l'évacuation de la cité, afin de rendre possible la destruction de la statue.

Le 6 novembre 2001, la statue est détruite par les autorités françaises.

 

La polémique du permis de construire

La décision de justice repose sur l'existence ou la non-existence, ou la non-validité d'un permis de construire. Alors que la presse semble unanimement confirmer l'inexistence de ce permis de construire, son annulation ou sa « non-conformité », le Mandarom affirme qu'un permis de construire N° 52 391 a été délivré en 1983 « pour un ensemble de bâtiments, temples et statues) », et qu'une demande de « modification » de permis de construire] no 90 a été déposée le 19 avril 1990.

 

La cristallisation de l'affaire

Par ailleurs, l'affaire de la statue a fini par cristalliser une certaine attitude vis à vis de l'association. Le dynamitage de la statue par les autorités françaises, mis fin à une vive polémique largement relayée par les médias faisant état de pratiques des plus inquiétantes, comme des messes noires, des rites sataniques, des pratiques occultes, indignes, ridicules ou abrutissantes et invoquant même des risques de suicide collectif justifiés par la personnalité même du «gourou» présenté comme un «paranoiaque», «charlatan», «farfelu», «pédophile», «voleur» et «escroc» (Le terme de « gourou » s'appliquant à Mr Bourdin, décédé en 1998, soit 3 ans avant la destruction de la statue).

 

Enterrement de Gilbert Bourdin

Suite à la mort de Gilbert Bourdin, une vive résistance populaire et administrative empêcha celui-ci d'être enterré dans un cimetière de la région ou au Mandarom. Les autorités eurent recours à la force publique et à des entrepreneurs pour imposer un enterrement dans un ossuaire désaffecté et réputé illégal en raison de la proximité d'une rivière. Le tombeau fut scellé dans du béton armé de sorte à ce qu'il soit inviolable. [6].

 

Accusations fiscales et financières

Le mouvement aumiste a été accusé de blanchiment d'argent par Me E. Ludo, avocat au barreau de Reims.

Le Trésor Public cherche à empêcher début 2001 la fuite de certains biens pour plus de 4 millions de francs d'impôts impayés au Liechtenstein, où est le nouveau siège de la fondation. Le mouvement s'estime alors diffamé et porte plainte contre le Trésor Public. Il affirme que c'est à la suite d'une campagne médiatique diffamatoire que l'association, placée devant le refus de toutes les banques de leur maintenir ou d'ouvrir un compte, fut contrainte de solliciter un compte au Lichtenstein. L'extrait du jugement du 10 juillet 2001 déclare:

Sur les demandes reconventionnelles: Il convient d'ordonner la suppression dans les conclusions du TRESOR PUBLIC, du passage diffamatoire: « Or , il est connu et même prouvé par une enquête des services secrets allemands publiée dans le journal Le Monde il y a quelques semaines que le Liechtenstein soit une des plaques tournantes pour l'investissement de fonds d'origine frauduleuse, ce qui est ici le cas. »

Par ailleurs, dans l'émission « Pièces à conviction » diffusée le 3 mai 2001 sur France 3, le député J-P. Brard accuse les sectes dangereuses comme le Mandarom de blanchir l'argent et d'être en relation avec des réseaux mafieux.

 

Une secte ?

En 1995, l'« Association des Chevaliers du Lotus d'or » est listée comme mouvement sectaire par le rapport parlementaire français de 1995 sur la base de faits que l'association conteste[7]. Sur le fond, le Mandarom entend dénoncer l'atteinte aux libertés religieuses en France et ramener le débat à une dimension plus rationnelle en présentant des avis scientifiques pour sa défense.

 

Le Mandarom vu par des universitaires

Le mouvement présente plusieurs universitaires pour soutenir son argumentation afin de ne pas être jugé comme une secte.

Le professeur Thimothy Miller de l'Université du Kansas atteste « n'avoir pas vu le moindre élément à l'effet que ce mouvement présente un quelconque danger pour le public ou pour ses membres propres ».

Le Dr Gregory Baum, théologien et professeur à l'Université McGill de Montréal s'exprime en ces termes (voir sur le site de l'Aumisme): « Cette communauté pacifique et contemplative a été la victime de l'hystérie des mouvements anti-sectes [...] la France de l'après Révolution a hérité d'une tradition rationaliste qui revendique la validité universelle, un legs intellectuel qui laisse peu de place au pluralisme culturel et religieux. »

Enfin, Maurice Duval, ethnologue au CERCE, maître de conférences à l'université de Montpellier, qui s'est immergé pendant quatre ans parmi les adeptes du Mandarom, a publié en 2002 un livre sur son expérience : Un ethnologue au Mandarom. Enquête à l'intérieur d'une « secte » (Paris, Presses Universitaires de France).

Dans des interviews il déclare notamment ceci : « J'ai vu l'essentiel de ce qui se passe au Mandarom, car personne ne peut tricher pendant quatre années. J'ai constaté qu'il ne s'y passe rien de dangereux » (cité par L'Express du 4 avril 2002 [8]). «À ma connaissance, il n'y a pas d'entrave au droit au sein du Mandarom » ; « Les enfants ? Il n'y a pas d'enfants au Mandarom. » ; « La mission parlementaire c'est complètement bidon. Il faut envoyer des chercheurs et ne pas se baser uniquement sur les rapports des RG. » (cité par Le Figaro du 24 Janvier 2002 [9]), « Ils ont une éthique de vie, un rapport à l'autre tout à fait respectable. », « Le mot « secte » me gêne dans la mesure où il crée l'amalgame entre des groupes criminels comme le Temple Solaire et un mouvement mystique tel que m'apparaît le Mandarom. », « Cet amalgame, c'est la tirelire de certains médias ; on joue avec la peur et ça se vend bien. » (interview au « Midi Libre » 23 mars 1998)

Maurice Duval soutient que l'opinion générale en défaveur du Mandarom n'est pas fondée sur des faits, et qu'elle repose plutôt sur un réflexe de refus de l'inconnu et de l'inhabituel (« il existe un religieusement correct et un religieusement incorrect »), et sur la pression sociale qui rend difficile la critique de la pensée dominante, même dans le monde scientifique.

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